le triple A et le temps de travail
Retrouvez chaque semaine le bloc-notes de Roger Anglument, directeur de la publication.
Triple A : la France dégradée
Brandi comme un trophée national par le chef de l'Etat, le Triple A français a perdu de son panache. Même si l'agence Moody's maintient encore provisoirement pour l'Hexagone la meilleure note qui soit, sa rivale Standard & Poor's n'a pas hésité à dégrader la note de la France. Nous sommes passés à AA+. Bien entendu, les réactions politiques n'ont pas manqué : la gauche attaque la méthode de gouvernance Sarkozy, l'Ump défend contre vents et marées le bilan élyséen, le Modem rappelle qu'il avait prédit ce qui arrive, le FN y voit la fin du mythe du « président protecteur » et l'extrême gauche peste contre ces agences de notation vouées à la stricte hégémonie capitaliste. Toutes ces incantations sont à décrypter à l'aune de la présidentielle. A moins de 100 jours d'un scrutin capital, la campagne électorale s'emballe sur fond de politique économique, de mondialisation et de capitalisme financier. Pour les différents candidats, il n'est plus question d'écrire un catalogue de propositions en guise de profession de foi. La froide rigueur des chiffres règle le tempo et gare aux promesses hors de prix. Nous sommes de toute évidence à la fin d'un cycle. Et si la perte du triple A provoquait un sursaut salutaire, du genre de ceux qui révèlent les égarements présents pour, au final, redessiner un autre avenir ?
Temps de travail : travailler moins pour produire plus
Les Français travaillent-ils moins que leurs voisins ? Une étude menée par l'Institut COE-Rexecode, proche dit-on du patronat, pointe du doigt le temps de travail dans l'Hexagone : moins 225 heures par an par rapport à ce qui se pratique par exemple en Allemagne. Soit, au final, la durée de travail la plus basse d'Europe avec 1 679 heures par an. En plein débat social voulu cette semaine par le gouvernement, cette nouvelle donnée relance la polémique sur les 35 heures, privilège français envié par le monde entier et décrié par... le monde entier à l'heure des comptes. Avec toutefois cette autre donnée : la productivité française (42,6 euros de richesse par heure) est plus forte que celle de l'Allemagne (36,8 euros). Bref, à défaut de travailler plus pour gagner plus, la France travaille moins pour produire plus.
Paru le 20 janvier 2012