Elisabeth Morin-Chartier, intégrée et reconnue par le travail 

Publié le 7 mars 2019 | Actualité / Portrait / Une

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Députée européenne depuis douze ans, Elisabeth Morin-Chartier s’apprête à tirer sa révérence en juillet. Son plus grand chantier reste la construction de l’Europe sociale et la directive sur les travailleurs détachés. De professeur d’histoire-géographie à députée au Parlement européen, retour sur un parcours ascendant.

Dans quelques mois, Elisabeth Morin-Chartier va quitter les bancs du Parlement européen après douze ans de mandat, « douze ans à défendre les droits européens et construire l’Europe sociale ».

Le 4  février dernier, en tant que présidente du comité au harcèlement du parlement, elle a fait voter un amendement sur le code du comportement approprié des députés au sein de l’institution. « Nous sommes partis de rien. Avant 2014, il n’existait rien. Nous avons mis en place un comité et un bureau de réception des plaintes. Nous ne jugeons pas, mais nous mettons en place tout le travail d’instruction du dossier, puis nous préconisons une conclusion, voire des sanctions. C’est le président du Parlement qui prend la décision. S’il y a sanction, elle est annoncée publiquement en séance. » Désormais, si un député ne signe pas le code de bonne conduite, il ne peut pas accéder à des postes à responsabilités et si un parlementaire maltraite son assistant, ce dernier pourra exercer avec un autre député, mais le député fautif devra indemniser sa victime. « Il y a le savoir-faire, mais surtout le savoir-être. Au Parlement, nous avons mis en place une véritable démarche de prévention et de libération de la parole avec des sanctions si nécessaire. »

Guidée par l’histoire des peuples

Spécialiste de l’histoire grecque, elle avait fait sa thèse sur l’histoire des femmes dans l’Antiquité. « J’ai une passion pour l’histoire des peuples d’hier à aujourd’hui. Lorsque j’enseignais, j’aimais m’inspirer des humains. Pour évoquer la guerre dans les tranchées à mes élèves, nous lisions des lettres de poilus. »

Curieuse et s’intéressant à son prochain, Elisabeth Morin-Chartier avoue être entrée en politique sans s’en rendre compte. « J’ai travaillé pendant 10 ans aux côtés de René Monory afin de mettre en place le CNED à Poitiers. Mais celui qui m’a mis le pied à l’étrier, c’est Jean-Pierre Raffarin, je lui dois tout. Ce sont ces deux hommes, alors que la parité n’existait pas du tout, qui sont venus me chercher et m’ont fait confiance, soutenue. Jean-Pierre Raffarin a été un précurseur dans ce domaine, en 1998, alors en lice pour la présidence du Poitou-Charentes, il a fait une liste chabada (mixte) et c’est grâce à cette opportunité que j’ai pu devenir conseillère régionale. » Piquée par l’engouement politique, elle rejoint le conseil municipal de Poitiers en 2001. L’année suivante, elle devient la première présidente du conseil régional de Poitou-Charentes jusqu’en 2004, en remplacement de Jean-Pierre Raffarin, appelé pour être Premier ministre sous Jacques Chirac. « Je n’ai jamais rien réclamé, j’ai toujours été intégrée par le travail. »

Fondatrice de l’Europe sociale

Engagée politiquement, elle poursuit son ascension. Après la Région, elle devient membre du Conseil économique et social régional et vice-présidente de la délégation Europe. De là, elle part en campagne pour les Européennes. Elle sera élue le 24  mai 2007. L’année suivante, elle rejoint le groupe politique, Parti Populaire Européen (PPE). « Depuis douze ans, je travaille sur l’Europe sociale et l’un de nos plus grands chantiers reste la révision sur les travailleurs détachés. Nous avons passé 28  mois de notre vie à travailler sur ce sujet d’une grande importance qui pose le socle de l’Europe sociale. Il reste beaucoup à faire, mais nous avons fait un grand pas. »

Présidente de l’Union Européenne des Femmes depuis 2013, elle se bat pour l’harmonisation des droits des femmes. « En Bulgarie, le congé maternité est de 56 semaines, mais non rémunéré. » Mais également pour les protections sanitaires et médicales. « En France le dépistage du cancer commence à 50 ans, en Suède à 40 ans et en Bulgarie, rien. C’est tous ensemble, l’Europe des 27, avec plus de 500  millions de citoyens, que nous serons plus forts. » En douze ans de mandat, elle est à l’origine de 17 textes législatifs et ce qu’elle préfère le plus : négocier.

Active jusqu’au bout, Elisabeth Morin-Chartier ne se représentera pas aux élections européennes. « Je suis épanouie du travail accompli, mais j’ai une famille et 19 petits-enfants qui attendent leur grand-mère. » Digne, élégante et laborieuse, Elisabeth Morin-Chartier fait partie de ces femmes inspirantes qui restent des exemples pour les générations à venir.

Lydia De Abreu

 

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