Gilets jaunes déterminés …

Publié le 3 décembre 2018 | Actualité

Le mot d’ordre est « ras-le-bol », ils ne veulent pas lâcher. Depuis le 17 novembre les gilets jaunes de Poitiers sud et Châtellerault maintiennent le cap et les conséquences économiques deviennent catastrophiques.

Voilà 17 jours que le mouvement a commencé et il ne semble pas s’essouffler. Si au départ, je me rendais à Châtellerault pour découvrir les projets du cœur de ville, j’ai été ralentie puis arrêtée par les gilets jaunes au rond point de la sortie d’autoroute à Naintré. Quitte à perdre mon après-midi, autant aller discuter avec ces gilets jaunes qui régulent maladroitement la circulation.

« On ne lâche rien tant qu’il se moque de nous »

Les bouchons commencent à se former, voilà 20 minutes que mon véhicule n’avance plus. Les camions sont invités à se garer sur le bord de la route ou à changer de chemin. « Pas de livraison à Châtellerault, m’explique un gilet jaune. On bloque l’économie, il n’y a que comme ça qu’il se souciera de nous. » Sentiment d’abandonnisme, pertes des valeurs, lorsque je demande à Mickey ce qu’il pense des actes de vandalisme sur la tombe du soldat inconnu, il me répond : «Puff, c’est pas bien, mais au bout d’un moment, on nous prend pour des moins que rien, alors on fait savoir que l’on existe. ». Et Franck d’ajouter, «  il ne faut pas croire toutes les images des médias, moi j’ai vu des casseurs sortir de derrière des camions de CRS, ce n’est pas normal. L’Etat veut faire passer les gilets jaunes pour des violents. On n’est pas violent, juste en colère de crever la dalle dès le 15 du mois. » Mireille renchérit, « je suis mère de quatre enfants et je ne travaille pas, le 15, on a plus rien, on vit à découvert au plaisir de la banque. » Autant de revendications que de personnes, mais le message reste unique : le maintien du pouvoir achat.   « J’ai 37 ans, je suis au chômage, parfois je pêche de la sandre délicieuse que je revends à des restaurateurs, c’est le seul moyen pour que j’achète un petit cadeau à ma puce. »

La situation se dégrade les bouchons se forment par kilomètres, le gendarme présent sourit, « c’est un métier, régulateur », il leur demande de laisser passer les camions, les gilets jaunes agissent . « De toute façon, les flics sont avec nous, souligne Hamed, ils nous comprennent, ils galèrent aussi. »

Quand on leur demande, s’ils comptent rester longtemps ici, ils répondent avec détermination, « oui, tant qu’on nous ignora ! » Et Jean d’ajouter « Macron il a des thunes, il ne sait pas ce que c’est la galère, de crever la dalle. Moi, je m’en fous. Ma femme m’a quitté, je n’ai plus rien à perdre. Jour et nuit, je suis gilet jaune. »

L’angoisse s’installe à Poitiers sud

Face à cette détermination, les commerçants tirent la sonnette d’alarmes, les chiffre d’affaires s’écroulent. La semaine dernière, nous annoncions une perte de 2 millions d’euros pour la zone de Poitiers sud. Samedi après-midi, le mouvement à perduré et la situation a dégénéré en fin de soirée. «  Je suis persuadée que ce ne sont pas des gilets jaunes, mais des casseurs qui voulaient en découdre avec les CRS, note Gwenaëlle Hollman-Nico, gérante du Auchan Sud. Tout est arrivé très vite, vers 19h nous avons du mettre le magasin en état d’urgence et fermer les portes. Le site entier s’est retrouvé dans une situation d’insécurité totale. Nous entendons leurs revendications, nous les comprenons et partageons pour certains d’entre-nous, mais 20 jours sur un même site c’est assurer la mort pour certains indépendants. La situation doit changer, nous attendons un signe de notre gouvernement et s’il vous plait les gilets jaunes, changer de lieu. Des emplois en dépendent et Amazon qui à la différence d’Auchan ne paie d’impôt en France, vous dit Merci ! »

Entre la détermination sur le plan social et la détresse de l’économie, le gouvernement semble vouloir se positionner cette semaine. A suivre.

Lydia De Abreu S.

Partenaire : Inovis asset management