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Le cri d’alarme des commerçants de Poitiers

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Le cri d’alarme des commerçants de Poitiers

Alors que les commerces non-essentiels viennent de rouvrir, l’association Poitiers Le Centre a mené une étude d’impact de la crise sur les commerces du centre-ville. Elle propose plusieurs mesures pour soutenir les commerçants.

L’association Poitiers Le Centre a mené une étude d’impact de la crise liée à l’épidémie du Covid-19 sur les commerces du centre-ville du Poitiers. « Notre objectif avec cette enquête était de faire un diagnostic, de lancer une analyse et de proposer ensuite des solutions pour toutes les entreprises du centre-ville, quelles soient adhérentes ou non, explique Benoît Delsuc, président de l’association et gérant d’Excalibur. Nous travaillons pour tous les commerçants. » Du 1er au 5 mai, sur 450  entreprises interrogées, 117 ont répondu. Tous les secteurs sont représentés, de la restauration au prêt-à-porter, en passant par la beauté l’alimentation ou encore la décoration.

L’étude le montre bien, le centre-ville de Poitiers accueille de très nombreuses petites et moyennes entreprises. La surface moyenne est de 116 m2 avec un effectif moyen de 5,1  emplois (gérant compris). 76 % des répondants ont un chiffre d’affaires inférieur à 500 000 € par an (dont 39 % inférieur à 200  000 €). Le seuil de rentabilité moyen est à 34 000 € par mois, soit 408 000 € sur un an. « Il s’agit de la somme nécessaire en moyenne à un commerce pour couvrir l’ensemble de ses charges, c’est-à-dire, le loyer, les salaires, l’eau, l’électricité, les taxes diverses …, sans aides de l’Etat ou du secteur bancaire, indique Olivier Goarin, membre du bureau et gérant de The Escape League. Et aujourd’hui, 63 % des commerces ont une trésorerie inférieure ou égale à un mois d’activité. » 

Recours aux aides

Parmi les mesures pour réduire ces charges, 60 % des dirigeants ont décidé de ne pas se verser de salaire au mois de mars, le pourcentage s’élève à 75 % en mai. « Or le but d’un commerce est avant tout de faire vivre celui qui le gère », rappelle Benoît Delsuc. Olivier Goarin rajoute : « Et dans les 25 % restant, le dirigeant ne se verse pas forcément l’entièreté de son salaire. » Les entreprises ont eu recours à 77 % au fonds de solidarité Etat/Région. « C’est un beau taux, mais le pourcentage restant cache aussi des commerces qui n’ont pas été éligibles. Par exemple, si le commerce n’a pas été fermé, il n’a pas eu droit à cette aide. Or, certaines pharmacies ont enregistré beaucoup moins de ventes sur la parapharmacie notamment ou certaines boulangeries, n’ayant plus la clientèle salariée, ont perdu près de 50 % de leur chiffre d’affaires. » 62 % des commerces interrogés ont demandé le Prêt garanti par l’Etat pour un montant moyen de 54 338 €. 74 % a eu recours au chômage partiel pour une moyenne de 5,04 salariés par établissement. « De nombreux dirigeants ont le statut d’indépendant et ne peuvent donc pas demander de chômage partiel … » Sur les loyers, 16 % des sondés ont obtenu une annulation d’un ou plusieurs loyers. « 38 % ont eu un report, mais là encore il faut être vigilants. Certains propriétaires ont reporté, mais fin mai vont facturer pour juin et demander en même temps le loyer d’avril … alors que l’activité redémarre à peine. C’est donc 80 % des entreprises qui vont devoir payer un loyer. »

Pierre-Marie Moreau, membre du bureau et gérant de L&A Commerces commente : « Depuis le 11 mai, ces commerçants peuvent générer du chiffre d’affaires pour espérer atteindre leur seuil de rentabilité et payer leurs charges. Ce ne sera pas le cas. En Allemagne, la première semaine, les commerces ont réalisé 60 % de leur chiffre d’affaires et la France est en de ça de cette prévision. A la fin du mois, les commerçants piocheront donc dans leur trésorerie et n’auront ensuite plus de réserves pour faire face, pour payer leurs collaborateurs et alors qu’ils mettront du temps à retrouver leur activité. Aujourd’hui, il y a un besoin criant de trésorerie. »

Appel à la mobilisation

Face à ce constat, l’association Poitiers Le Centre propose un plan d’urgence pour le commerce. « De nombreux entreprises sont en danger. Sachant que le Gouvernement a annoncé que le chômage partiel — dans les conditions actuelles — ne sera plus actif au-delà du 1er juin et que les commerces n’ont pas plus d’un mois de trésorerie devant elles pour la majorité, la pérennité de 60 % des commerces est compromise. Il faut un plan d’actions de la part de la mairie, de la CCI. » Parmi les actions envisagées, l’association demande la fourniture de matériel (masque, gel …).

Elle souhaite aussi un soutien financier avec la mise en place de mécanismes d’exonération (en lien avec l’Etat) pour la taxe des ordures ménagères, celle de séjour ou encore la CFE (la cotisation foncière des entreprises), pour les droits d’enseigne et de terrasse jusqu’à la fin de l’année (en non juste pour le mois d’avril et de mai), ainsi que la prise en charge de la taxe foncière pour les entreprises ayant un résultat négatif. Pour les entreprises vulnérables, Poitiers Le Centre propose aussi, à l’instar de ce qui a été mis en place par la communauté de communes Vienne & Gartempe, d’un fonds d’urgence donnant accès à une subvention de 1 000  € pour les entreprises de moins de cinq salariés. « Actuellement, c’est un prêt que propose Grand Poitiers et pour les entreprises non éligibles aux autres fonds. A l’inverse, ce fonds d’urgence pourrait s’adresser à tous les commerçants ayant eu une perte d’activité conséquente … » Pierre-Marie Moreau note : « Tous les événements de l’été ont été annulés, ces sommes peuvent être réinvesties pour soutenir le commerce local. Pour qu’il y ai une reprise, il faut un tissu économique. Si le tissu s’effondre, il sera dur à raccommoder. S’il n’y a pas de soutien, il y aura de nombreuses défaillances dans les mois à venir. » Benoît Delsuc continue : « Il faut également dynamiser le centre-ville pour faire revenir les consommateurs. » Parmi les mesures demandées, il y a la gratuité des parkings jusqu’à la fin de l’année, comme celle des transports en commun ou encore l’autorisation d’ouvertures dérogatoires (dimanches, jours fériés, horaires décalés). « Il faut essayer des choses, la gratuité sur une heure, sur les samedis … D’autres agglomérations le font. » Un important volet communication est également souhaité. « Face à cette situation inédite, nous nous tenons à disposition des instances publiques et consulaires pour réfléchir à ce plan d’urgence. Nous avons besoin d’actions concrètes pour construire l’avenir du centre-ville. La crise va encore durer et nous ne pouvons pas rester comme ça. »

Plus : Facebook Poitiers Le Centre.

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