Choisir son avenir professionnel grâce à la formation

Publié le 12 février 2019 | Actualité / en Poitou-Charentes / Une

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La Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel a été promulguée le 5 septembre 2018. Elle réforme l’apprentissage et la formation professionnelle. Ce début d’année est l’occasion de faire le point sur les changements avec Francis Dumasdelage, président de la Fédération de la formation professionnelle en Nouvelle-Aquitaine et dirigeant du groupe AFC à Saint-Benoît, accompagné de Nicolas Roos, son vice-président et dirigeant de Wall Street English à Poitiers.

Info-éco / Que représente cette réforme pour le monde de la formation professionnelle ?

Nicolas Roos / C’est une révolution au sens littéral du terme. Nous changeons de paradigme. La formation s’efface au profit des connaissances. La formation tout au long de la vie s’envisage désormais par l’acquisition de compétences. Ce sont de nouveaux mots, mais surtout une nouvelle approche. La Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel implique d’importants changements.

Info-éco / Quel est l’esprit de cette loi ?

N R. / La question de l’employabilité est posée. Comment permettre à chaque citoyen d’être au mieux de ses compétences dans son emploi ou vers un emploi futur ? Les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) vont devenir des opérateurs de compétences (OPCO) qui auront le rôle de mettre en place des plans de développement des compétences, et non plus des plans de formation. La loi remet chacun devant ses responsabilités.

Francis Dumasdelage / La loi désacralise l’acte de formation pour le remettre à sa juste place. Les OPCO financent l’acquisition de compétences. Ce n’est plus un programme, mais un objectif qui est fixé avec une évaluation au début et à la fin du parcours. La formation peut être réalisée en présentiel, à distance ou en situation de travail, peu importe le temps mis. Pour ce dernier cas, l’entreprise devient formatrice — à certaines conditions. Chacun est remis à sa place. L’individu est responsable de son employabilité.

Info-éco / Quelles sont les principales évolutions ?

F. D. / Depuis le 1er janvier, le compte personnel de formation est monétisé. Les heures sont devenues des euros. Le salarié a à disposition un montant pour se former (500 € par an, 800 € pour les moins qualifiés). Il est le seul et unique décideur de son utilisation pour acquérir des compétences. Cela remet l’individu devant ses responsabilités. L’entreprise est responsable des compétences à l’intérieur de la société. L’organisme de formation et les financeurs sont au service de cet objectif. L’argent ne sera attribué que s’il y a un projet d’entreprise. La formation se met au service d’un projet.

N. R. / L’Etat a créé les conditions pour que l’appareil de formation soit au service de l’emploi. La question reste : comment chacun des acteurs va s’emparer de cela ? C’est une année de transition. Les intentions sont bonnes, les financements sont là. Il va falloir s’accaparer cette opportunité et y aller.

F. D. / Le compte personnel de formation est étendu à tous les actifs quelque soit sa situation de départ, son statut (mi-temps, en situation de handicap …), salarié ou demandeur d’emploi. Des mesures sont aussi mises en place pour accompagner au mieux la reconversion professionnelle (dispositif Pro-A, CPF de transition …). Pour les autres catégories (dirigeant, fonctionnaire …), les modalités pour en bénéficier ne sont pas encore arrêtées.

Info-éco / Quels sont les changements sur l’apprentissage ?

N. R. / Ce n’est plus une prérogative des Régions. Le financement de l’apprentissage évolue. La redistribution de la taxe d’apprentissage se fera en fonction des contrats signés. Avec 420   000 alternants aujourd’hui, l’objectif est bien d’avoir encore plus de monde en libéralisant l’offre. Ce sont les rencontres avec les entreprises qui vont déclencher l’ouverture de formations. N’importe quel organisme de formation ou entreprise peut devenir un centre de formation pour apprentis (CFA). L’entreprise pourra avoir son propre CFA en interne pour former un petit ou grand nombre de personnes par an pour la fabrication de ses produits. Au bout du parcours, la personne aura un titre délivré par l’entreprise.

F. D. / La loi rentre dans les détails de tous les freins que pouvait rencontrer une entreprise pour s’impliquer dans l’apprentissage. Ainsi, la loi écrit que ce n’est plus l’organisme de formation qui impose son calendrier, mais qu’il découle d’une négociation entre l’organisme de formation et l’entreprise. Ainsi, un chocolatier pourra dire qu’en décembre, il souhaite garder ses apprentis avec lui, qu’une société de travaux publics préfère que la formation se déroule en hiver. Un jeune pourra entrer en apprentissage tout au long de l’année. Ces « petites » choses vont dans le bon sens pour l’entreprise et pour le salarié.

Info-éco / Quelles sont les répercussions pour les entreprises de formation ?

N. R. / Cette réforme nous remet devant notre vrai métier. Les OPCA décidaient de tout. L’organisme de formation était dépossédé de son champs d’action. Le marché était tronqué pour cause d’intermédiaires. Grâce à l’application CPF (disponible à l’automne 2019), chaque actif aura accès à ce qu’il a cotisé et sans intermédiaire, il pourra comparer les formations proposées. L’entreprise de formation va devoir se retrousser les manches pour créer des formations efficaces, pratiques et utilisables immédiatement. Cela va aussi dans le sens des entreprises qui attendent des salariés opérationnels et non avec des connaissances trop générales.

F. D. / Les organismes de formation se mettaient dans les pas de l’Education nationale, tout en étant plus proches de l’entreprise. Pour autant les formations se déroulent en salle, en petits groupes. Aujourd’hui, la façon de donner le message va changer. Les différentes méthodes d’acquisition vont cohabiter. Pour l’organisme de formation, c’est un changement dans son métier, mais aussi une opportunité. La loi va tirer les organismes vers le haut et renforcer le travail en réseau. Pour les très petites structures généralistes, la continuité va être compliquée. Cela va provoquer une réduction du nombre d’entreprises de formation. Le marché va évoluer.

Info-éco / Pour les entreprises, la situation évolue aussi ?

F. D. / L’entreprise avant dépensait pour la formation, aujourd’hui elle investit. Ce n’est pas simple car son environnement évolue. Il faut pouvoir anticiper sur les métiers de demain, sinon l’entreprise ne pourra se développer, voire se maintenir. Les entreprises de moins de 50 salariés seront particulièrement accompagnées. Les OPCO vont notamment être chargés de diagnostics dans les entreprises, voire de quelles compétences elles auraient besoin.

Propos recueillis par Mathilde Wojylac

Partenaire : Inovis asset management